Tu ne peux pas parler? Ecris!


oui mais lorsqu'on écrit, on se rend compte souvent qu'il est absolument impossible de retranscrire en tous points la réalité de certaines violences, c'est la même chose pour les sénarios de films*, si l'on devait dire toute la vérité, ce serait impossible à visionner

* je ne parle pas ici des films de violence (fictions ou reconstitution de faits reels) construits dans l'intention d'impressionner, de faire monter l'adrénaline, de faire de l'audimat

il se peut que l'habitude de visionner des films de fiction violente émousse le discernement, et conduise à banaliser l'horreur, à réfuter la réalité

franchement: est-ce que ça vous ferait plaisir que je raconte une authentique scène de viol ou de meurtre particulièrement sauvage dans tous ses moindres détails?

Même si on me répond "oui", moi je dis ceci: la scène lorsque je l'aurai développée, reconstruite, sera inévitablement "stylisée" et "dégraissée" (lisez "édulcorée" si vous voulez,  au degré que j'aurai choisi), car il serait intolérable de décrire dans le menu cette scène et l'intensité de l'horreur qui s'en dégage, je ne peux qu'évoquer, rester en-dessous de la réalité, pour l'image c'est pareil, un film ne montrera pas ces scènes dans tous leurs détails, même les films réputés violents.
Des images d'actualité ne vous montrent pas non plus le déroulement d'une réalité telle qu'elle est. Elles montrent ce qu'un observateur a capté dans son appareil à un moment donné sous un angle et un cadrage donné.

Il y a dans les vies de certaines personnes des concentrations de vécus horribles, si l'on en parle, on fait une "sélection" et on ne décrit au sein de la sélection qu'une faible partie de ce qu'il s'est vraiment passé.

C'est déjà suffisant pour que les autres, les lecteurs, les spectateurs puissent se faire une idée, et puissent comprendre la vie dans un milieu donné. Et parfois en soient choqués, alors que ce n'est que la partie émergée de l'iceberg!

J'ai vécu trois semaines avec une personne qui m'a raconté sa vie jour comme nuit! j'ai écrit en 2005 sur cette personne (Gigi) et sa vie, ce que j'ai raconté est une infime partie de tout ce qu'elle a déposé dans le creux de mes oreilles, et déjà amplement suffisant pour dresser un tableau apocalyptique de son existence (dont beaucoup pourraient croire qu'il sort de mon imagination enfiévrée!)

La lettre ou le journal, des artifices?
non, on écrit encore sur papier, par mail, ce n'est pas encore totalement désuet ou obsolète!
Un journal ou une lettre s'adresse à un autre (qui peut être soi, le moi qui devient lecteur de sa propre vie), c'est signé d'un tel, alors s'opère forcément une "distance"

c'est une réalité, faite pour être lue par un autre, le lecteur peut moins s'identifier au narrateur que dans une fiction écrite sous "je"!

Il est peut-être bon, dans un travail sur soi et sur son entourage d'utiliser non pas le ton d'un roman ou d'une fiction à la première personne, mais une narration "signée" où "je" est parfaitement nommé donc devient un autre extérieur à moi.
Bon pour l'auteur comme pour le lecteur.

KNTHMH